CFP: JE 23/06/22, Modernités16-18, « Usages de l’arbre à la première modernité »

Appel à contributions, Journée d’étude, « Usages de l’arbre dans la littérature et les arts de l’Angleterre de la 1ère modernité », 23 juin 2022

Axe Modernités 16 – 18 (VALE).

Salle D 423, Maison de la recherche

Dans une récente monographie consacrée à l’arbre de vie et à l’esthétique sylvestre dans la littérature anglaise de la première modernité, Victoria Bladen souligne l’hybridité essentielle des usages littéraires et symboliques de l’arbre : « [Early modern] writers drew on the motif and its rich language of trees to articulate spiritual and political states and to create hybrid terrains in their work that intersected material spaces with landscapes of the mind. »[1]

C’est à cette intersection que nous proposons de réfléchir dans le cadre du séminaire Modernités 16-18 (https://earlymodern.hypotheses.org/) et des événements associés. L’arbre, tout autant que la matière qu’il produit, le bois, sont toujours déjà investis d’un substrat symbolique dont les ramifications et les racines sont nombreuses. À cet égard, l’opposition entre l’arbre et le bois est loin de se réduire à une opposition entre animé et inanimé : en effet, ne parle-t-on pas de bois mort ou vivant ? Si l’arbre puise encore très largement à un arrière-plan et un héritage biblique et théologique, mythologique et folklorique, philosophique et littéraire multiséculaire, la période voit toutefois de profonds changements s’opérer dans la perception, la compréhension, l’utilisation symbolique et matérielle et, au final, l’exploitation des arbres. Outre les mutations socio-culturelles et économiques qui caractérisent la période (transformation des paysages, enclosures, réquisitions, destructions des parcs aristocratiques et des réserves de chasse, rationalisation dans l’exploitation des forêts), les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles correspondent également à un changement plus vaste des sensibilités vis-à-vis de la nature et du végétal. Ces glissements s’expriment dans le renouveau du questionnement autour de la place de l’homme dans la nature et dans la Création – on songe ici par exemple au tournant cartésien et ses échos outre-Manche –, en même temps que dans le développement de l’expérimentalisme et l’observation scientifique. La période voit ainsi l’essor de de la science botanique et les progrès de la classification des arbres, avec tous les bouleversements induits par l’entreprise coloniale (découverte, exploitation et importation d’espèces).

L’arbre demeure également une métaphore et un outil épistémologiques, tout en acquérant des usages et sens nouveaux : on songe ici par exemple au ramisme, aux arborescences qui précèdent de nombreux traités, aux évolutions de la généalogie, aux évolutions du modèle de l’arbre dans la pensée politique ou bien encore à la « sylva » comme genre discursif.

La journée d’étude du 23 juin 2022 tentera de cerner sur ce que l’on peut identifier comme une révolution du regard sur l’arbre et le bois à la première modernité (XVIe-XVIIIe siècles), pour mettre en évidence la manière dont, à partir d’apparents invariants dans les héritages symboliques, l’arbre se transforme dans les productions culturelles, pour se voir progressivement approprié dans sa singularité – l’arbre et non plus la forêt – et investi de nouveaux sens, plus polysémiques et ouverts sur les problématiques de la modernité. À partir des questions de l’arbre, on se propose de penser en particulier les mutations épistémologiques et esthétiques qui engagent les rapports de l’humain et de la nature (avec l’émergence d’une conscience pré-écologique, mais aussi pré-romantique) et ceux de l’humain et de la matière, à travers les productions artistiques et artisanales.

Les contributions à la journée pourront aborder les thèmes suivants.

  • L’arbre et l’imagination : l’évolution des représentations, du symbolisme et des fonctions de l’arbre et des arbres dans la littérature (théâtre, pastorale, littérature gothique ou romantique…) ; les transformations des héritages religieux, folkloriques, mythologiques, symboliques ; l’arbre comme objet esthétique ;
  • Les représentations graphiques et picturales de l’arbre et leurs évolutions (tableaux, traités, illustrations, peinture, iconographie en général) ;
  • Les questions sociales, économiques et culturelles concernant la transformation du rapport à l’arbre dans la société (transformation des paysages, de l’environnement, l’exploitation forestière, la législation forestière, les traités sylvicoles, la question des chasses, les parcs, commons, espaces publics et privés…) ;
  • L’arbre et la politique : les enjeux de l’appropriation et de la possession de l’arbre (en période révolutionnaire notamment) ; l’arbre dans les modèles politiques… l’arbre et la définition de l’identité nationale, sociale, individuelle, genrée…
  • L’arbre et le voyage, les voyages de l’arbre : l’arbre et l’entreprise coloniale, arbres dans les récits de voyage, arbres nouveaux et développement d’une pensée de « l’exotisme » ; arbres fantastiques et imaginaires ;
  • L’arbre et les sciences modernes : l’évolution des classifications, le développement de la science botanique ; l’arbre et l’expérimentalisme ;
  • L’arbre et / dans la philosophie :  l’arbre dans l’herméneutique (table des matières à arborescence, l’arbre comme modèle de développement épistémologique, arbre de la philosophie, arbre de la connaissance, arbre encyclopédique, arbre généalogique, arbor juridictionis ) ; les anthologies de Sylva…
  • L’arbre et la matière : rapport du bois à l’arbre et spécificités des espèces, métiers du travail du bois, évolution du travail du bois, concurrence de nouveaux matériaux
  • L’arbre dans les arts (objets d’arts, sculpture sur bois, art topiaire…) ; l’arbre et le jardin…
 Les propositions de 150 mots sont à envoyer avant le 1er mars 2022 à line.cottegnies@sorbonne-universite.fr, anne-valerie.dulac@sorbonne-universite.fr et alexis.tadie@sorbonne-universite.fr.

[1] Victoria Bladen, The Tree of Life and Arboreal Aesthetics in Early Modern Literature, New York and Abingdon, Oxon: Routledge, 2022.