Chères et chers collègues,
Nous avons le plaisir de vous informer du lancement de l’appel à communication pour le colloque international et interdisciplinaire Composer (avec) les matrimoines : connaissances, engagements et résistances, co-organisé par les programmes de recherche «Les Écritures du Matrimoine à l’ère du numérique : [re]découverte, découvrabilité, reconnaissance» (projet HERMES – Université Sorbonne Nouvelle) et «Matrimoines & patrimoines minorés» (projet SPHINX – Sorbonne Université), avec le soutien du GIS Institut du Genre, qui se tiendra les 14 et 15 janvier 2027 à Paris (exclusivement en présentiel).
Nous sollicitons des contributions pouvant s’inscrire, sans s’y limiter, dans l’un des axes suivants :
- Connaissances du matrimoine
- Engagements et matrimoines
- Résistances aux matrimoines
Vous trouverez l’appel dans son intégralité ci-dessous.
Les propositions de communication doivent être envoyées en suivant ce lien : https://framaforms.org/composer-avec-les-matrimoines-connaissances-engagements-et-resistances-colloque-international
Date limite d’envoi des propositions de communication : vendredi 11 septembre 2026.
Bien cordialement,
Anne Isabelle François (GIS Institut du Genre, Université Sorbonne Nouvelle, CERC)
Jean-François Laplénie (Sorbonne Université, SPHINX, REIGENN)
Cécile Prévost-Thomas (Université Sorbonne Nouvelle, HERMES, Cerlis)
Charlotte Ribeyrol (Sorbonne Université, SPHINX, VALE)
Morgane Tocco (Université Sorbonne Nouvelle, HERMES, Cerlis)
Colloque International
Composer (avec) les matrimoines : connaissances, engagements, résistances
Université Sorbonne Nouvelle et Sorbonne Université
Jeudi 14 et vendredi 15 janvier 2027
Le colloque international et interdisciplinaire Composer (avec) les matrimoines : connaissances, engagements et résistances est le fruit du partenariat entre les programmes de recherche «Les Écritures du Matrimoine à l’ère du numérique : [re]découverte, découvrabilité, reconnaissance» (projet HERMES – Université Sorbonne Nouvelle) et «Matrimoines & patrimoines minorés» (projet SPHINX – Sorbonne Université), avec le soutien du GIS Institut du Genre.
Au croisement des différentes significations du verbe «composer», cette manifestation scientifique internationale se donne comme double objectif de comprendre d’une part, quelles sont les connaissances disciplinaires, quels sont les engagements individuels ou collectifs et les résistances idéologiques qui, à travers le temps, contribuent à former, revendiquer, déformer ou contourner le concept de matrimoine, et de saisir d’autre part, la diversité et la complémentarité des initiatives artistiques, citoyennes et institutionnelles qui encouragent les pratiques de désinvisibilisation et de reconnaissance des héritages culturels féminins et plus largement minorés.
Pour ce faire, ce colloque propose de mettre en lumière la pluralité des recherches en lettres, sciences humaines et sociales, récentes ou plus anciennes, qui interrogent le concept de matrimoine, ses différentes acceptions et ses différents terrains d’application, à l’aune de l’étude des rapports sociaux et des processus de catégorisation, classification et hiérarchisation sociale. Il invite également à faire dialoguer ces recherches d’une part, avec les initiatives qui se saisissent de ces questions d’héritages culturels propres aux femmes ou aux groupes sociaux minorisés et d’autre part, avec les arbitrages politiques qui côtoient, approuvent ou réfutent les usages relevant et les pratiques traitant de ces questions.
D’un emploi courant au Moyen Âge, signifiant «les biens hérités de la mère», le terme de matrimoine est tombé en désuétude avant d’être réhabilité au tournant du XXIe siècle par des recherches scientifiques (Hertz, 2002), des mobilisations féministes, des créations artistiques, etc. tout en rencontrant différentes formes de résistances, à la fois sociales, idéologiques, institutionnelles et politiques. Une analyse des usages du mot matrimoine à partir de différentes sources médiatiques francophones (traditionnelles et numériques) montre qu’il connaît un engouement récent. Si l’on repère de rares apparitions du terme dès la seconde moitié du XXe siècle, principalement autour du roman d’Hervé Bazin Le Matrimoine, publié en 1967, c’est surtout par la mise en place des Journées du Matrimoine organisées par l’association HF à partir de 2015 – qui bénéficient d’une couverture médiatique nationale – que le terme rencontre une certaine notoriété. Le matrimoine prend une tournure politique explicite lorsqu’en novembre 2017, inspirée par les revendications d’HF, Joëlle Morel (Europe Ecologie Les Verts) propose au Conseil de Paris de rebaptiser les Journées du Patrimoine en «Journées du Matrimoine et du Patrimoine» – proposition qui fera polémique et ne sera pas adoptée. Alors associé à des valeurs de gauche, voire au «wokisme», le matrimoine devient un terme repoussoir pour une frange de la droite et de l’extrême droite, et plus largement pour les tenants d’une conception étroite (conservatrice ?) du patrimoine.
Progressivement, en particulier depuis le début des années 2020, le terme matrimoine double celui de patrimoine, comme une manière d’évoquer ou de considérer de façon inclusive les questions d’héritage culturel. Quelques municipalités, institutions culturelles, ou associations, soucieuses de le valoriser, s’attachent à mentionner côte-à-côte patrimoine et matrimoine, voire à parler de «p/matrimoine» ou «p·matrimoine·s». Certaines activités se voient même exclusivement qualifiées de matrimoine parce qu’elles seraient essentiellement représentées ou pratiquées par des femmes (fabrique de boutons, nettoyage du linge, cuisine, dentelle, botanique, etc.). Peuvent également être rassemblées sous le vocable matrimoine les questions liées à la maternité, à l’accouchement, à l’éducation des enfants. Plus surprenant encore, le mot matrimoine ne s’emploie plus seulement en miroir du patrimoine commun, mais également en miroir du patrimoine individuel. Ainsi, des entrepreneur·euses proposent aux femmes leurs services pour assurer la gestion de leur matrimoine financier et immobilier. Il existe donc des usages populaires, militants et institutionnels du terme, qui se déploient dans une multitude de domaines. Dans le milieu académique, les recherches articulant genre, histoire et mémoire se multiplient depuis la fin du XXe siècle, dans le sillon descritical heritage studies, mais peu d’entre elles s’approprient le terme de matrimoine (Verlaine, 2026), bien que les journées d’études et colloques dédiés à des matrimoines disciplinaires scientifiques (anthropologie, muséologie, géographie, etc.) et artistiques (bande dessinée, cinéma, cirque, musique, théâtre, etc.) se multiplient depuis ces cinq dernières années.
Cependant, en dépit du développement de différents usages lexicaux et des pratiques culturelles qu’il encourage, le matrimoine peine encore à asseoir sa légitimité. La grande majorité des institutions culturelles et patrimoniales ne semblent pas prêtes à se rebaptiser en s’y référant. Et si le matrimoine fait une apparition très récente dans certains ouvrages encyclopédiques spécialisés (Bard, Chaperon, 2026 ; Diallo 2025 ; Biasoni, 2025), il n’existe toujours pas d’entrée «Matrimoine» dans les dictionnaires généralistes de la langue française (Larousse, Le Robert) et le mot continue d’être rectifié par «patrimoine» par la plupart des correcteurs orthographiques numériques.
Bien qu’il n’existe pas d’acception univoque du matrimoine, la popularisation du vocable par les Journées du Matrimoine et via le travail du Mouvement HF semble avoir plusieurs répercussions sur ses différents usages sémantiques et sur les représentations sociales qui en découlent. Premièrement, cette coloration conférerait au matrimoine une dimension ouvertement militante, pouvant dissuader certaines institutions, comme certain·e·s chercheur·euses de se l’approprier. Deuxièmement, l’association HF étant tournée vers «les arts et la culture», il semblerait que ces secteurs mobilisent davantage le terme que d’autres. Il est par exemple remarquable que le secteur scientifique, qui connaît un mouvement semblable de lutte contre l’invisibilisation des contributions de femmes, ne se saisisse guère de ce terme, préférant parler de «l’effet Matilda» (Rossiter, 1993).
Tantôt revendiqué, tantôt proscrit, le matrimoine ne laisse pas indifférente notre époque puisqu’il cristallise des enjeux ayant trait à la transmission, à l’héritage culturel, au partage démocratique et à l’égalité. Il déstabilise le concept de « patrimoine », en amenant à réfléchir à son étymologie et en mettant en évidence qu’il n’est pas neutre : souligner que le patrimoine renvoie à l’héritage des pères, c’est montrer que derrière la caution universaliste de ce concept, s’exprime le masculin (Caeymaex, 2021), et que, malgré les travaux d’Éliane Viennot (2014), le masculin l’emporte encore sur le féminin. La réflexion plurielle et internationale sur les ressorts épistémologiques du concept de matrimoine, que nous appelons de nos vœux à l’occasion de ce colloque, ne peut donc faire l’impasse sur la question du patrimoine. Cette manifestation scientifique propose de se saisir de la complexité du matrimoine, en étudiant la multiplicité de ses significations et usages, entre critique du patrimoine et valorisation des héritages culturels des femmes et des groupes sociaux minorés.
Les propositions de communication devront articuler théorie et empirie (étude de cas, corpus, enquête de terrain) en précisant leur assise méthodologique. Celles-ci pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans l’un des axes suivants :
- Connaissances du matrimoine
Les personnes et collectifs qui proposent de réhabiliter le terme de matrimoine depuis une vingtaine d’années ont pour habitude d’informer qu’il ne s’agit pas d’un néologisme (Ruiz, 2019). Ce rappel, loin d’être anodin, propose de rendre au matrimoine l’histoire qui doit lui revenir et, en écrivant cette histoire, la légitimité qui doit lui advenir. Mais quelle est cette histoire ? Se conjugue-t-elle au pluriel ? De quelles sources dispose-t-on pour la retracer, la recomposer ? Quelles connaissances acquière-t-on de ce terme au fil des époques ? À quelles archives peut-on se fier pour enrichir nos connaissances sur le sujet, pour comprendre les formes, les pratiques, les expériences matrimoniales qui ont traversé le temps ou qui circulent à travers le monde, pour interroger les significations qui leur sont associées ? Quelles résonances ces sources ont-elles sur l’appropriation contemporaine des contenus matrimoniaux ? Le matrimoine a-t-il des significations et des usages distincts selon les aires linguistiques ? Est-il même traduisible ou est-ce un hapax français ? Est-il comparable au concept «herstory» ?
Enfin, il pourra s’agir d’expliciter les arrière-plans épistémologiques, parfois implicites, de la notion de matrimoine. Comment celle-ci s’articule-t-elle avec les épistémologies féministes et les épistémologies queer ? Aboutit-elle à une extension des conceptions patrimoniales existantes, invite-t-elle à un déplacement des perspectives, ou correspond-elle à une remise en cause plus radicale de la fonction des dispositifs patrimoniaux, de leur fonctionnement et des pratiques qui s’y rattachent? Le genre des créateur·ices dont les productions composent les matrimoines est-il, même, un élément définitoire essentiel, ou bien est-ce le mouvement de décentrement qui prime ? Comment ces positionnements épistémologiques influent-ils sur le périmètre du matrimoine ? Le matrimoine permet-il de repenser la question de l’héritage culturel dans sa diversité ?
- Engagements et matrimoines
La réhabilitation du terme matrimoine et les mobilisations qui l’accompagnent s’inscrivent plus largement dans un contexte de recrudescence des mouvements féministes et de leur médiatisation (Pavard, Rochefort, Zancarini-Fournel, 2020), marqué par une attention croissante aux biais de genre, notamment dans le langage (Viennot, 2014), par la critique de l’invisibilisation des femmes dans l’ensemble des secteurs professionnels, mais également par une multiplication des initiatives de (re)valorisation des femmes et du féminin.
Si les mobilisations en faveur de la visibilisation de l’héritage culturel légué par les femmes ont une histoire plus ancienne (Perrot, 1998 ; Studer, Thébaud, 2004), celles qui revendiquent la reconnaissance du matrimoine se multiplient depuis une vingtaine d’années, en France et dans d’autres aires francophones. Ces formes d’engagement se repèrent dans l’espace public, via des déambulations et visites matrimoniales, des statues de femmes illustres, des odonymies matrimoniales (Guiran, 2023 ; Mallah, 2025), mais également dans les institutions muséales, via la réhabilitation d’œuvres oubliées, comme dans les médias et les espaces numériques (blogs, sites web, réseaux sociaux). Pour autant, les recherches qui se consacrent à l’étude de ces pratiques de désinvisibilisation ou valorisation des matrimoines restent encore éparses et peu reconnues. Ce colloque propose d’interroger les processus de matrimonialisation à l’œuvre en ce début de siècle : Quelles sont les personnes et institutions qui se chargent de ce travail de réhabilitation mémorielle ? À qui s’adressent-elles ? Quelles figures et quelles réalisations sont érigées au rang de matrimoine ? Quelles autres sont mises de côté ? Selon quels critères ? Le matrimoine se conjugue-t-il exclusivement avec les œuvres du passé? Quels sont les arguments avancés pour convaincre de l’intérêt de ces actions en faveur du matrimoine ? Existe-t-il un discours consensuel ou des disparités à ce sujet ?
- Résistances aux matrimoines
Le matrimoine rencontre plusieurs formes de résistances, plusieurs forces d’opposition. L’emploi du terme produit d’indéniables crispations idéologiques et politiques, qui rappellent celles qui contestent la féminisation des noms de métier ou l’usage des écritures épicène ou inclusive. Quelles sont les raisons de telles réactions ? Le matrimoine serait-il une menace ? Et dans l’affirmative pour qui. Pour le patrimoine ? Pour la culture légitime ? À qui fait-il peur ? Comment dépasser ces tensions ? Peuvent-elles même être dépassées ou ne seraient-elles pas inhérentes à la notion même de matrimoine et à sa définition ?
Il existe également une résistance institutionnelle, qu’elle soit académique, politique ou culturelle, à l’emploi de ce mot et à la reconnaissance des initiatives qui le revendiquent. Même parmi les institutions qui agissent ouvertement contre l’invisibilisation des œuvres créées par des femmes ou des minorités de genre, certaines refusent l’utilisation de ce vocable, jugé trop militant ou pas assez scientifique.
À l’échelle internationale, on peut également observer une certaine frilosité, un certain étonnement voire une certaine incompréhension, notamment dans des aires linguistiques au sein desquelles le matrimoine est seulement affaire de mariage.
N’existe-t-il pas de meilleures alternatives à ce terme ? L’expression «patrimoines minorés» n’est-elle pas elle-même contre-productive à une époque propice à la déhiérarchisation de la culture (Saint-Jacques, Suchère, 2021) ?
Enfin, si le matrimoine est considéré de façon binaire et simplificatrice, comme l’opposé ou l’envers du patrimoine, n’assiste-t-on pas au renforcement de la binarité de genre, à la fortification des entre-soi, qui risqueraient de reproduire des formes d’invisibilisation, de marginalisation, mais également d’essentialisation ?
Repères bibliographiques
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BOURRASSÉ Anne, Les Refusées. Les artistes femmes n’existent pas, Paris, Seuil, 2026.
CAEYMAEX Florence, « Reprise. Mémoire, histoire et espace public à l’épreuve du matrimoine », dans THOMAS Franck (dir.), Matrimoine. Quand des femmes occupent l’espace public, Liège, MNEMA Éditions, 2021, p. 177-191.
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COUSIN KOUTON Saskia, Ògún et les matrimoines, Histoire de Porto Novo, Xògbónù, Àjàsé, Nanterre, Presses universitaires de Nanterre, 2023.
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DIALLO Rokhaya, Dictionnaire amoureux du féminisme, Paris, Plon, 2025. DONADILLE Julien, « Un « matrimoine de raison » Que faire des fonds patrimoniaux non classés dans une bibliothèque territoriale ? », Bulletin des Bibliothèques de France, 21 novembre 2019, p.1-7.
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TARDY Cécile, DODEBEI Vera (dir.), Mémoires et nouveaux patrimoines, OpenEdition Press, 2015.
TROTOT Caroline, GAMBETTE Philippe, «Faire des villes des lieux à soi féminins : complémentarité des parcours virtuels et physiques du matrimoine du programme “Cité des Dames, créatrices dans la Cité ”», L’Entre-deux, n°17, juin 2025.
VALLÉE Édith, Le matrimoine de Paris : 20 itinéraires, 20 arrondissements, Paris, Bonneton, 2018.
VERLAINE Julie, «Le matrimoine, un concept-pivot entre mémoire et histoire », dans Marion Charpenel, Bibia Pavard et Julie Verlaine (dir.), «Genre et mémoire », dossier de Clio. Femmes, genre, histoire, n°63, 2026/1, p. 243-265.
VIENNOT Éliane, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française, Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2014.

