07/11/2025, 14h-18h: Lancement Projet SPHINX: « Les femmes et la pratique de la science dans les îles Britanniques (XVIIe-XVIIIe siècles) : Contribution à une histoire alternative de l’émergence de la science moderne »

Nous avons le plaisir de vous informer du lancement du projet « Les femmes et la pratique de la science dans les îles Britanniques (XVIIe-XVIIIe siècles) : Contribution à une histoire alternative de l’émergence de la science moderne », (Co-Porteuses : Line Cottegnies, VALE UR 4085, et Sandrine Parageau, HDEA UR 4086), le vendredi 7 novembre, de 14 h à 18 h 00 à la Maison de la Recherche (28 rue Serpente, 75006 Paris) en salle D 421.

La demi-journée sera suivie d’un pot de rentrée, auquel vous êtes les bienvenu.e.s.

Les dates suivantes sont : 

  • 23 janvier 2026 (14 h – 18 h 00). Guest speakers: Sajed Chowdhury (Utrecht) et Helena Taylor (Exeter)
  • 17 avril 2026 (14h – 18 h 00). 
  • 12 juin 2026 (14h-18h), au CNAM.


Programme de la demi-journée :

14 h 00 – 14 h 15 : Présentation du projet

14 h 15 – 14 h 45 : Sandrine Parageau (Sorbonne Université) : « Le cas de Margaret Cavendish et des larmes bataviques »

14 h 45 – 15 h 15 : Philippe Hamou (Sorbonne Université) : « Le « credo » des Experimental Philosophers »

15 h 15- 15 h 45 : Line Cottegnies (Sorbonne Université) : « Littérature et science au XVIIe siècle : de la représentation de pratique scientifique à la littérature comme expérience de pensée »

Pause :

16 h 00 – 16 h 30: Anne-Marie Miller-Blaise (Sorbonne Nouvelle) : « Sciences, expérimentation et écritures poétiques dans la sphère domestique: quelques pistes »

16 h 30 – 17 h 00: Aurélie Griffin (Sorbonne Nouvelle) :  « De l’observation à la fiction: Aphra Behn et Maria Sibylla Merian au Suriname »

17 h 00 – 17 h 30 : Discussion et brain-storming

17 h 30 – 18 h 00 : programmation des journées du 23/01, 17/04 et 12/06

18 h 00 – : pot

 

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Synopsis du projet :

Alors que femmes ont largement été occultées dans l’histoire de la philosophie et des sciences au temps de la « philosophie naturelle », l’histoire intellectuelle et l’histoire des pratiques culturelles, en se déportant de l’étude des systèmes, permettent d’appréhender la participation des femmes à la culture scientifique de la première modernité dans une perspective interdisciplinaire. Depuis les années 1980, dans les pays anglophones d’abord, puis plus largement, de nombreuses études et anthologies ont été consacrées à la pensée scientifique ou philosophique de ces femmes de la période moderne, telle qu’elle se manifeste dans leurs écrits, publiés ou non. Cette histoire des penseuses est en cours d’écriture. En revanche, l’histoire de la pratique scientifique de ces femmes reste à écrire. Parce qu’il est plus difficile d’en trouver trace dans les archives, mais aussi parce qu’elle prend des formes variées, cette pratique a été largement ignorée jusqu’ici. Notre projet vise à contribuer à une histoire de l’émergence de la science moderne pour remettre au premier plan des penseuses et des praticiennes de la science, invisibilisées parce qu’elles n’ont pas produit une œuvre systématique, mais qui se sont illustrées par une pratique de la science expérimentale, y compris dans leur quotidien, qu’elles ont parfois transcrite.

Qu’est-ce alors que pratiquer et penser la philosophie naturelle pour les femmes de l’époque moderne ? Comment les femmes, qui sont exclues des académies, pratiquent-elles la science ?  Nous voudrions mettre en évidence le rapport des femmes à la culture scientifique et philosophique et à l’expérimentalisme dans les îles Britanniques à une période où la méthode expérimentale domine la pratique scientifique, entre la fin du XVIe siècle (au temps des écrits de Bacon) et le XVIIIe siècle, dont la science est fondée sur l’essor de l’empirisme tel qu’il est d’abord diffusé par les virtuosi de la Royal Society et pratiqué par Newton et ses successeurs. Pour les femmes, la « science » ne se « fait » pas dans les laboratoires ou dans les cercles savants, bien que certaines, comme Margaret Cavendish ou Katherine Ranelagh, aient pu avoir accès aux instruments de leur conjoint, d’un frère ou d’un parent, voire posséder les leurs. La science se pratique plutôt dans la cuisine (on pense aux nombreux livres de recettes attribués à Hannah Woolley), au jardin, dans les prés (voir l’entomologiste Eleanor Glanville) ou la forêt, au contact des malades à soigner, que ce soit dans la sphère domestique ou dans la communauté locale. Dès lors, elle n’est plus seulement l’affaire des élites. On s’appuiera entre autres sur les travaux de Jean-François Bert et Jérôme Lamy qui proposent une histoire matérielle de la science moderne pour interroger l’existence d’une histoire matérielle spécifiquement féminine des savoirs (Voir les savoirs : Lieux, objets et gestes de la science, Anamosa, 2021).

Notre projet propose dans un premier temps de s’intéresser à ces espaces supposés « marginaux », parfois plus humbles, ayant pu donner lieu à des expériences consignées dans des genres discursifs qui ne sont pas nécessairement répertoriés comme appartenant à la littérature scientifique ou philosophique. Les textes qui gardent la trace de ces expérimentations sont parfois des imprimés, parfois des  manuscrits conservés dans des archives familiales : recettes de cuisine et médicales, ouvrages d’obstétrique, herbiers et recueils botaniques ou d’entomologie, « commonplace books » ou livres de conseils ou de « secrets » élaborés au fil d’expériences successives, dans des domaines divers (jardinage, élevage, soin aux humains et aux animaux, mais aussi observations sur le temps et le climat consignées dans des remarques astrologiques, etc.). Ce savoir, parfois qualifié de « traditionnel », produit par les femmes (autant que par les hommes), et souvent transmis de génération en génération, s’appuie sur une « matérialité » savante (les instruments de l’expérience, mais aussi les outils de l’écriture pour consigner les expériences et leur archivage). Il autorise certaines femmes à se considérer comme des « expertes » dans un domaine donné, comme la sage-femme ou la guérisseuse.

On s’attachera enfin, en parallèle, à démontrer dans ce projet que les femmes pratiquent la « science » de manière détournée et que la pratique scientifique ne se cantonne pas à la philosophie naturelle. Elle s’applique par extension à d’autres formes de pensée, comme la méditation (voir par exemple Lady Mary Rich), ou s’écrit dans des textes littéraires qui peuvent devenir des expériences de pensée (thought experiments), qu’ils prennent la science en train de se construire comme sujet ou non : la poésie à teneur « scientifique » (Bradstreet, Cavendish, Hutchinson…) ; le roman « scientifique » et exploratoire pour Margaret Cavendish (The Blazing World) ; la comédie qui raille les virtuosi ou commente la science en train de se faire… On s’efforcera enfin de penser les modalités communes du discours littéraire et du discours scientifique pour réfléchir au rôle joué par « l’imagination expérimentale » (Tita Chico) dans la science de la première modernité.